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Un petit garçon naît en 1918 à Evron, fils d’un chef de gare (employé SNCF) et d’une jeune fille dont la mère était issue d’une nombreuse  famille  (21 enfants) de petits agriculteurs, les Chauveau. Un grand-oncle, légataire d’une personne riche, était peintre portraitiste à Laval où il habitait une grande maison avec un atelier.  C’est lui qui offre sa première boite de couleurs au petit Maurice (qui la lui a demandée).

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La maman, très jeune, confie régulièrement son fils à la grand-mère qui tient un café place du Champs de Foire-aux-Chevaux. Celle ci lit les gazettes plutôt que de surveiller l’enfant qui s’installe régulièrement sous le comptoir, à observer les gens… Son oeil se forme.

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Les jours de marchés, il voit les grandes gaillardes du coin. Vues d’en-dessous,  sont-ce ces femmes terrorisantes, en train de boire et de rire auprès des maquignons, qu’il appellera plus tard les ‘mangeuses d’homme’ ? Est-ce cela qui va forger sa théorie que les femmes sont plus puissantes, plus décidées, plus fortes que les mâles ? (Il y a dans la famille la légende d’une aïeule héroïque; s’étant fait arracher le sein par un taureau, elle tiendra la bougie pendant que le chirurgien la recoud). Il n’en démordra jamais. Il en peindra beaucoup.

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Dans la Noce ( en 1965 ) la mariée est beaucoup plus grande que le marié  - comme son père,  Aurélien, plus petit en taille que sa femme…

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Plus tard, il va être pieux, mystique même. Il veut entrer à l’abbaye de Solesmes et se faire moine. Il passe des heures dans la basilique d’Evron (il aime le calme et la fraîcheur des lieux) en particulier devant la Pietà polychrome du XVème siècle. Mais l’appel de la vie est plus fort. Au lieu d’avoir des maîtresses, des amies, des modèles, lui le chrétien, se marie à 27 ans. Il faut fonder une famille, avoir des enfants, disent les curés. Il en aura six. Mais comment les nourrir ? Cela, l’église ne le dit pas. Il est doué… Il a fréquenté l’Académie des Beaux-Arts du Mans, rencontré Georges Desvallières et Maurice Denis à Paris aux Ateliers d’Art Sacré, est devenu élève puis professeur… Il veut être un artiste chrétien. On lui demande des vitraux ? Pourquoi pas ? La reconstruction de la Normandie commence, il travaille avec les Monuments Historiques, respecte les édifices anciens, sait faire une coloration discrète dans du roman ou du gothique (“servir l’architecture” dit-il) mais aussi  faire une (belle) oeuvre personnelle quand il n’y a pas d’impératifs techniques... C’est beau. Sa notoriété grandit.

 

En 1965, c’est le Concile Vatican II. Furieux qu’on brade les rites et les traditions, qu’on remplace les liturgies anciennes aux significations secrètes par des rituels anodins, il souffre, sa foi chancelle. Son fils aîné meurt. Son sixième enfant, un bébé de sexe masculin, était mort à la naissance en 63. Si les femmes (il a quatre filles) exercent sur lui un grand attrait, il éprouve quand même à leur égard une grande méfiance! La Femme l’attire et le fascine mais… n’est-elle pas dangereuse ? De toutes façons, les curés lui déconseillent les aventures. La fidélité, il en crèvera. Tant pis, on peint.

D’autant qu’il est seul. Il amasse et amasse des toiles mais personne ne vient le voir dans son atelier… ni acheteur, ni galeriste, ni bien sûr critique… Il doute. Qu’importe ! En 1970, ses enfants élevés, il se lance dans l’aventure. Il peint jour et nuit. “Le soir, j’ai hâte d’être au matin pour peindre” écrit-il dans son journal.

Il exploite plusieurs thèmes. Après la religion, le Christ, les travailleurs, il y a les églises, toute une gamme, de la plus “classique” (de style jésuite) à la plus folle, presque une pâtisserie, ou alors les femmes-églises, les églises dans le désert… Il montre la Sensualité mais aussi la Solitude.

 

Il habite Versailles, une ville de bourgeois. Il se moque. Trop de notables qui se rendent aux rétrospectives de Van Gogh quand ils ne l’auraient même pas visité dans leur rue. “6000 personnes par jour à l’exposition Van Gogh - les mêmes qui le laisseraient crever aujourd’hui s’ils le rencontraient dans sa solitude”… note-t-il, narquois.

Le vieux peintre rôde (comme Van Gogh) dans la ville, il se promène, son chapeau sur la tête, les cheveux longs. Il a toujours froid, il grelotte, il entasse sur lui pardessus, écharpes, gilets. On reconnaît sa silhouette. On dirait Ubu-roi. Mais est-ce pour autant qu’on lui parle ?

 

La bulle spéculative sur la peinture arrive par hasard. Il a tant peint. Il vend ! Il expose ! Des musées achètent ses toiles !  Il rencontre aussi une autre femme.

Un peu libéré, il peint des Couples, des gouaches qui montrent enfin une sensualité heureuse… même si, de nouveau, l’angoisse tapie le guette. Le souvenir de son fils… qu’il était allé reconnaître sur son lit de noyé, le père Popiuelezsku… dont il a vu la photo à la morgue, Che Guevara dont on ne sait pourquoi il s’entiche, le père Camillo Torrès (dont l’assistante assassinée était  mayennaise) l’inspirent… Commence un thème qu’il exploitera longtemps, les Suppliciés, corollaires de la fin des Trentes Glorieuses, et de la montée du chômage, de la précarité, du terrorisme… La vie a t-elle toujours une valeur ? Il peint l’angoisse de l’homme mort, abandonné (l’homme chrétien d’autrefois, peut-être ?) - anéanti. L’Eglise catholique était une mère. Elle ne veille plus sur ses enfants. Et eux ne veulent plus d’elle. Dieu se tait… Pour tout le monde ! Et puis, comme il l’écrit :”Si Dieu existe, j’aurai des comptes à lui demander”.

 

Il meurt, ou plutôt se laisse mourir, le 12 juillet 1995 à 76 ans, quand s’aggrave la triste maladie de sa femme Geneviève dont il ne s’était jamais séparé.

A sa mort, il est persuadé que son oeuvre restera abandonnée ou que ses filles n’en prendront aucun soin ! Il part désespéré quant au devenir de sa peinture - si importante par son volume et sa force mais relativement si peu connue  - malgré la vraie reconnaissance de ses pairs, les autres peintres.

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Il côtoie les peintres Christoforou, Lindström, Angelo Pelayo et Edgar Gillet auprès du marchand d'art Michel Polac à la Galerie Ariel. Il est ensuite exposé par les Galeries Protée, Pierre-Marie Vitoux et Olivier Nouvellet.
Il est un représentant original de l'expressionnisme en France.

Son intérêt pour les taureaux, les toreros et la corrida indique son regret de n'être pas plutôt né espagnol.

Son tempérament violent et solitaire lui interdit les compromissions et lui crée un certain nombre d'ennemis. On dit de lui qu'on ne peut pas le côtoyer.

A ce jour, s'il est unanimement reconnu par ses pairs pour son œuvre cohérente et  techniquement puissante (la peinture l'emporte sur le trait, bien qu'il ait été un dessinateur hors-pair), il lui manque la reconnaissance internationale et l'aval du grand public.

En 1995, l'aggravation de l'Alzeihmer de sa femme, qu'il n'avait jamais quittée, précipite sa mort qui survient brutalement le 12 juillet, laissant orphelin un groupe d'amis fidèles qui aimaient sa conversation originale et sa tendresse ombrageuse.