En 1965, c’est le Concile. Furieux qu’on brade les rites et les traditions, qu’on remplace des rituels anciens aux significations secrètes par des refrains anodins, il souffre, sa foi chancelle. Son fils aîné meurt. Son romantisme l’a attiré dans l’aventure folle du mariage, son sens de l’honneur l’empêche de tout quitter comme l'a fait Gauguin … Sa famille, il en crèvera. Tant pis, on peint. D’autant qu’il est seul. Il amasse et amasse des toiles que personne ne vient voir dans l’atelier, ni acheteur, ni galeriste, ni bien sûr critique… Il doute. Qu’importe ! En 1970, ses enfants élevés, il se lance dans l’aventure. Il peint jour et nuit. “Le soir, j’ai hâte d’être au matin pour peindre” écrit-il dans son journal ou « je préfère mes toiles à mes filles ». Enfin Jean Pollak l’expose à la galerie Ariel, il trouve des pairs en Lindström, Christoforou, Gillet mais son mauvais caractère fait le reste et il les quitte. Exposé chez Protée, Vitoux et Nouvellet, il ne sera jamais montré à la FIAC. Car sa prolixité dérange. Présenté à tort comme peintre chrétien à cause de ses premières toiles, il use maintenant d’une figuration libre et, dans ses toiles comme dans sa vie, il est sarcastique et violent. Il se revendique expressionniste, un style que le public n’aime guère, ça rappelle l’Allemagne. De fait, l’expressionnisme n’a jamais été un art français. Et la mode de l’abstrait commence. Il habite Versailles, une ville de bourgeois. Il se moque. Trop de notables qui se rendent aux rétrospectives de Van Gogh quand ils ne l’auraient même pas visité dans leur rue. “6000 personnes par jour à l’exposition Van Gogh - les mêmes qui le laisseraient crever aujourd’hui s’ils le rencontraient dans sa solitude”… note-t-il, narquois. Le vieux peintre rôde (comme Van Gogh) dans la ville, il se promène, chapeau sur la tête, cheveux longs. Il a toujours froid, il grelotte, il entasse sur lui pardessus, écharpes, gilets. On reconnaît sa silhouette. On dirait Ubu-roi. Mais est-ce pour autant qu’on lui parle ? |